EAM à l'échelle mondiale : comment TotalEnergies construit son backbone industriel avec IFS et Accenture
Il est 2 heures du matin sur une plateforme offshore au large de l'Angola, en production depuis les années 80. Un opérateur doit remplacer une pièce sur un compresseur : il a la compétence, mais la procédure est dans un outil, le plan dans un deuxième, l'historique des pannes dans un troisième. C'est par cette scène que Ludovic Ponthier, Presales Director (IFS) a ouvert la table ronde du Tech For Industry Show consacrée au projet OneAsset de TotalEnergies, aux côtés de Florence Narboux, Practice Leader Intelligent Asset Management (Accenture) et Idar Ait Bengrir, Change, Adoption & Deploy Manager (TotalEnergies). Le problème n'est pas la compétence : c'est la donnée fragmentée.
OneAsset : bien plus qu'un outil de maintenance
Un pilier du programme « ERP du futur »
OneAsset s'inscrit dans un programme de transformation plus large chez TotalEnergies, composé de trois projets : OneAsset, le backbone industriel ; One FiCoProc, la migration SAP pour la finance, les achats et le contrôle de gestion ; et One Master Data, garant de la donnée. L'ambition : harmoniser et digitaliser l'ensemble des processus de maintenance, d'inspection, de production et de campagnes de travaux.
Trois mondes industriels, un seul core model
Le périmètre couvre les trois grandes activités industrielles du groupe : l'exploration-production (plateformes offshore et onshore), le raffinage-chimie, et la production d'électricité incluant l'éolien offshore. Du responsable maintenance d'un site de 300 personnes à l'opérateur d'une plateforme, l'objectif est un core model métier unique : le même processus d'ordres de maintenance pour tous, le même outil pour suivre une procédure de production offshore ou un plan de graissage en raffinerie — porté par IFS Cloud et les solutions associées.
Pourquoi IFS : une évaluation par les opérationnels
28 processus clés testés sur le terrain
La consultation a porté sur 28 processus clés, en embarquant le central, les filiales, la DSI métier — jusqu'à des tests menés par les opérationnels. Quatre atouts ont fait la différence : une couverture en standard de l'ensemble des métiers, une solution très configurable (champs, règles métiers, automatisation de processus, sans réécriture au passage des releases), un modèle de données totalement ouvert aligné sur la stratégie data du groupe, et un véritable partenariat de trajectoire faisant évoluer la roadmap de l'éditeur.
Une plateforme étendue, connectée au backbone SAP
Au-delà de la maintenance curative, prédictive et conditionnelle, la plateforme couvre l'inspection, le pilotage de la sous-traitance, les campagnes d'arrêt et la gestion des modifications en mode projet — le tout étroitement connecté au backbone finance SAP.
L'intégration, chemin critique du projet
300 applications analysées, 35 flux avec SAP
Pour définir la cible, les équipes ont étudié plus de 300 applications gravitant autour de la maintenance : lesquelles seront remplacées, lesquelles connectées. L'enjeu majeur : la connexion avec la migration SAP ECC vers S/4HANA — le suivi opérationnel dans IFS, les achats, la supply chain et les pièces de rechange dans SAP. À date, 35 flux d'interface entre les deux systèmes et 44 applications métiers à connecter pour assurer le processus de bout en bout.
Harmoniser la donnée : de 9 modèles à un seul
Autre défi structurant : les processus de maintenance vivent aujourd'hui dans 7 modèles de données différents dans SAP et 2 dans Maximo. Impossible, dans ces conditions, de comparer un KPI calculé au Danemark et en France. Demain, processus identiques et données harmonisées permettront un pilotage opérationnel et financier de la maintenance avec des métriques enfin partagées.
Déployer sur 88 sites dans 45 pays : méthode et calendrier
Un cadrage qui embarque le terrain
Dès le cadrage, 104 processus ont été définis avec les Local Business Units de toutes les géographies et activités, présentes aux ateliers — validant que la solution couvrirait tous les métiers en harmonisant les pratiques. La solution sera utilisée quotidiennement par plus de 13 000 personnes, y compris l'écosystème de contractants, pilier des opérations chez TotalEnergies.
4 pilotes, puis un rollout sur 7 ans
Le projet, démarré en septembre, vise une première mise en production dans un an, quatre pilotes sous deux ans, puis le déploiement des sites restants planifié sur 7 ans — un rythme dicté par une contrainte bien industrielle : impossible de migrer un site pendant un grand arrêt, chaque déploiement s'inscrit dans les plans de production et de maintenance.
Accenture : de l'architecture à la conduite du changement
Présent dès le cadrage, Accenture pilote la définition de la solution, la validation de l'architecture, le nettoyage des données avant migration — notamment l'uniformisation de la taxonomie des équipements : savoir que la pompe installée au Nigéria est la même que celle en stock en France et utilisée au Danemark — et l'accompagnement au changement, adapté à un monde industriel de « cols bleus », loin des standards de l'ERP tertiaire.
L'IA au service de la maintenance et de la donnée
Co-innovation : dédoublonner les rapports de défaut
Sur un grand site Oil & Gas, plusieurs opérateurs peuvent déclarer le même défaut sur le même équipement. Un outil co-innové avec TotalEnergies utilise l'IA pour détecter et dédoublonner ces rapports multiples et ne générer qu'une seule intervention, tout en respectant chaque déclaration. IFS intègre par ailleurs l'IA nativement dans la plateforme, y compris via des agents.
Mettre la donnée en qualité : l'IA sous validation humaine
En réponse à une question de la salle : impossible de scanner humainement 17 catalogues articles et la taxonomie de centaines de milliers d'équipements répartis dans 17 systèmes legacy. L'IA fait des préconisations et des regroupements en s'appuyant sur les normes de taxonomie de l'Oil & Gas — mais la validation finale revient systématiquement aux Business Process Owners. Autre levier de valeur évoqué : un catalogue article unique ouvre la voie aux achats centralisés.
Un projet de convergence métier, pas un projet IT
La conclusion des intervenants est sans ambiguïté : OneAsset n'est pas un projet informatique, c'est un projet de transformation et de convergence métier, où la technologie est un facilitateur — gouverné par une Design Authority où Accenture et IFS co-construisent les scénarios d'arbitrage et où TotalEnergies, garant du métier et du terrain, garde la décision finale, éclairée.
Retrouvez l'intégralité de cette table ronde, ainsi que les autres replays du Tech For Industry Show, sur notre page dédiée.