Transformation digitale : les 25 chantiers du Groupe Bel pour un système alimentaire durable
Comment un groupe agroalimentaire de 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 11 000 collaborateurs refond-il l'intégralité de son socle numérique en six ans ? Lors du Tech For Industry Show 2026 (Paris Expo Porte de Versailles), Elisabeth Ellison-Davis a présenté la transformation du Groupe Bel — le fromager derrière La Vache qui rit, Babybel ou Kiri. Derrière les vitrines habituelles de la R&D, du marketing et du commerce se cache un chantier bien plus vaste : 25 transformations digitales majeures, couvrant chaque fonction et chaque marché.
Un socle digital entièrement reconstruit
Le point de départ : un système d'information hérité de 650 petites plateformes individuelles, « démocratiquement réparties » entre toutes les fonctions. Bel les remplace par un socle unique entièrement interconnecté, composé d'un ERP, d'un PLM et d'un MES. Un changement d'ampleur qui vise à faire communiquer, enfin, l'ensemble de l'organisation autour des technologies les plus récentes.
Des fondations de données parties de zéro
L'aveu est frappant : jusqu'à il y a trois ans, aucun travail n'avait été mené sur les fondations de données chez Bel. En trois ans, l'équipe data est passée de 5 à 55 personnes, avec la mise en place de la gouvernance des données, des structures de données et de la « data citizenship » — condition pour que toute la digitalisation fonctionne réellement.
Cartographier des processus qui n'existaient « que dans la tête des employés »
Autre constat : 95 % des processus cœur de Bel n'étaient pas cartographiés, encore moins optimisés. Ils existaient dans la mémoire des collaborateurs — avec le risque qu'un départ à la retraite emporte au passage un processus critique. Or, souligne l'intervenant, « l'intelligence artificielle ne fonctionne pas très bien sans processus structurés ». Bel met donc en place, fonction par fonction, une architecture de processus, en s'appuyant sur une « armée » d'environ 100 Business Process Owners (BPO).
Accélérer sur l'IA tout en posant ses fondations
C'est la singularité de Bel : la plupart des entreprises accélèrent sur l'IA après avoir déjà en place leur couche technologique et leur couche data. Bel doit installer les trois en même temps — technologie, données et IA. Plus complexe, plus générateur de stress pour les équipes et les partenaires, mais avec un bénéfice : bâtir d'emblée un écosystème capable de fonctionner de façon fluide, sur les technologies les plus récentes. Le tout en conduisant le changement pour 11 000 personnes et en tenant le budget.
Trois clés de réussite, sans « pilule magique »
1. Un lien indéfectible entre transformation et plan stratégique
La feuille de route digitale est arrimée au plan stratégique, avec l'adhésion et la co-responsabilité de toutes les fonctions au niveau du comité exécutif. Résultat : l'intervenant est challengé sur la valeur ou les hausses de budget, mais jamais sur le « pourquoi » — la priorité est partagée par tous.
2. Aucun compromis entre durabilité et rentabilité
Message clé de la keynote : il n'y a pas de compromis à faire entre durabilité et rentabilité. « C'est et, pas ou. » Une solution qui ne satisfait qu'un seul des deux critères est la mauvaise solution — il faut retourner à la planche à dessin. Piloter une entreprise sur la seule croissance rentable serait plus simple ; faire les deux est difficile, mais possible, à condition de chercher la solution gagnant-gagnant.
3. Des partenaires stratégiques
Bel s'appuie sur Dassault Systèmes (logiciels pour le MES et le PLM, et collaboration sur la création du jumeau virtuel) et sur Accenture, qui accompagne les trois couches de la transformation — technologie, données et IA.
Le vrai « pourquoi » : un système alimentaire à réparer
Au-delà de son ambition, ce que l'intervenant retient de la transformation de Bel, c'est sa raison d'être : face à un système alimentaire « cassé », apporter une contribution — grande ou petite — à sa réparation, pour offrir un avenir vivable aux nouvelles générations, loin des étés à 40-45 °C. L'IA offre un pouvoir sans précédent ; la vraie question est de savoir ce que l'on en fera. Le mot de la fin : mettons-nous d'accord pour en faire quelque chose de bien.
FAQ — Transformation digitale dans l'agroalimentaire
Pourquoi faut-il cartographier ses processus avant de déployer l'IA ? Parce que, comme l'illustre le cas Bel, l'IA fonctionne mal sans processus structurés. Des processus non cartographiés vivent dans la mémoire des collaborateurs et disparaissent avec leurs départs, ce qui fragilise à la fois l'organisation et tout projet d'IA.
Peut-on accélérer sur l'IA sans fondations de données ? Difficilement. Bel a fait le choix de poser en parallèle technologie, données et IA, mais souligne que la plupart des entreprises ont l'avantage d'avoir déjà leurs couches techno et data avant de démarrer.
Durabilité et rentabilité sont-elles compatibles ? Oui, selon la keynote : Bel refuse tout compromis entre les deux et considère qu'une solution ne satisfaisant qu'un seul critère est à revoir. C'est plus difficile, mais une solution gagnant-gagnant existe si l'on cherche suffisamment.
Revoir la keynote en vidéo
Cette conférence a été enregistrée lors du Tech For Industry Show 2026, le salon B2B de la transformation industrielle (Smart Manufacturing, IA, Supply Chain) à Paris Expo Porte de Versailles. Retrouvez l'intégralité de la keynote en vidéo ci-dessus, et rendez-vous les 19 et 20 mai 2027, Hall 7, pour la prochaine édition.