Cloud, data et IA : comment Alstom et Exide transforment leur industrie avec Oracle

Publié le 23 juillet 2026

Cloud, data et IA : comment Alstom et Exide transforment leur industrie avec Oracle

18 kilomètres. C'est la longueur de câbles nécessaire pour faire fonctionner une seule voiture de train — un chiffre qui résume la complexité industrielle du secteur. Au Tech For Industry Show, Mehdi Belahcen, Directeur Cloud Compute et Architecture de l'Infrastructure (Alstom) et Patrice Bessiere, IT Director Solution Delivery (Exide Technologies) ont partagé, aux côtés de Clément Abecassis, Snr Manager, DBP and OCI Sales (Oracle France), deux parcours de transformation aux métiers opposés — la mobilité ferroviaire et le stockage d'énergie — mais aux défis étonnamment convergents.

Le déclencheur : quand se transformer n'est plus une option

Exide : sortir du legacy, sous la pression du marché et de l'actionnariat

Chez Exide — fabricant de batteries pour data centers (UPS), chariots élévateurs (division Motion) et automobile (première monte et rechange, marques Fulmen et Tudor) — la migration d'un ERP legacy vers un ERP du marché avait échoué trois ou quatre fois. Cette fois, plusieurs facteurs ont convergé : une équipe informatique vieillissante et difficile à maintenir, un changement d'actionnariat, et la volonté de reposer sur un ERP standard supporté par des sociétés externes plutôt que sur la seule connaissance interne. Après une sélection resserrant 10 ERP à 3 puis à 1, Oracle Fusion Cloud s'est imposé pour la richesse de sa couverture manufacturing — accompagné de son intégrateur (EVO6, devenu Mastech).

Alstom : la croissance comme impératif de survie

Chez Alstom — matériel roulant (environ 40 % de l'activité), services et logiciels, ces deux derniers en forte croissance — c'est le marché qui a imposé la transformation. « Cinq projets de M&A en dix ans » : il fallait apporter aux services digitaux l'élasticité et l'agilité pour absorber une croissance interne et externe massive. La rencontre avec Oracle, historiquement éditeur de bases de données, a ouvert la voie à l'adoption de son cloud (OCI) sur des cas d'usage stratégiques.

Transformer sans casser ce qui fonctionne

Fit to standard, mais pas sans spécificités

L'approche d'Exide : adopter le standard, « au plus vanilla » — tout en intégrant les spécificités comptables et de gestion propres à chaque pays d'Europe et d'Asie-Pacifique. L'architecture n'est pas un monolithe mais un assemblage de modules Oracle : Fusion au cœur, EPM (ex-Hyperion) pour le budget/consolidation, WMS pour les entrepôts, et OIC (Oracle Integration Cloud) pour intégrer les systèmes legacy — le tout sur un plan de migration à 4 ans, des Nordiques et de la Pologne (juin 2024) jusqu'à l'ensemble des pays en 2028.

Du projet applicatif à la sortie de data center

La réflexion s'est élargie : faute d'équivalent à leur solution de BI on-premise (IBM Cognos) dans la suite Fusion, Exide a adopté Oracle Analytics Cloud — l'analytique étant jugée aussi critique que l'ERP pour une entreprise en pleine mutation. Et au-delà de l'ERP, c'est une véritable stratégie de data center exit qui se dessine, migrant vers OCI les applications d'un datacenter hébergeant notamment un AS/400 — pour des raisons de coût et de retour sur investissement.

Des cas d'usage à fort impact business

HPC cloud : un an de simulation en quelques semaines

Le business d'Alstom est « très sensible au cash » : des années s'écoulent entre la commande et le paiement à la livraison. Illustration marquante : lors de l'homologation du premier TGV aux États-Unis, les autorités exigeaient davantage de simulations (tenue au vent latéral, dilatation du rail selon la température). Grâce au scaling de l'infrastructure HPC dans le cloud, des calculs qui auraient pris un an à un an et demi ont été réalisés en quelques semaines — permettant de rassurer le client, de clore le projet et d'être payé près d'un an plus tôt. Un dossier piloté directement par le PDG.

Maintenance prédictive et souveraineté : le métro de Riyad

Autre enjeu : pour un opérateur, « plus le train roule, plus il gagne de l'argent » — la panne subie en pleine ligne est le pire scénario. Alstom a développé Hub, une plateforme de maintenance prédictive qui exploite les données des capteurs pour anticiper les défaillances et planifier les remplacements de nuit ou le week-end. Pour le métro de Riyad, le client exigeait que ses données restent en Arabie Saoudite : la présence locale d'OCI a permis de construire, tester et livrer la solution en quelques semaines — une illustration concrète de l'enjeu de localisation de la donnée.

Analytique temps réel et dashboards augmentés

Chez Exide, le passage du batch au temps réel a transformé l'analytique : fini le reporting traditionnel, place aux dashboards émis chaque matin pour dirigeants et opérationnels — et désormais enrichis par l'IA, au rythme quasi quotidien des nouvelles fonctionnalités d'Oracle Analytics, que les utilisateurs certifiés réclament plus vite que l'IT ne peut les déployer.

L'IA : des cas concrets, une exploration en cours

Analyse des appels d'offres et aide au développement chez Alstom

Le monde ferroviaire, « conçu pour être national », rend chaque train unique — un Thalys embarque trois trains différents. Résultat : les appels d'offres font des centaines, voire des milliers de pages. Alstom utilise l'IA (sur OCI) pour analyser ces exigences, identifier ce qui a déjà été livré et réutiliser l'existant plutôt que repartir d'une feuille blanche — un enjeu crucial pour livrer dans les délais. Côté développement, avec près de 7 000 développeurs, l'aide au code apporte 10 à 15 % d'efficacité supplémentaire. Et l'exploration se poursuit vers l'agentique.

Analyse automatique et agents chez Exide

Côté Exide, l'IA analytique génère des commentaires automatiques sur les données des rapports et alimente une série d'agents en approche prédictive (un KPI passe au rouge → alerte, mail, réunion). En revanche, la modélisation et la création automatique de rapports restent sous validation humaine : « l'IA peut se tromper », et les spécialistes gardent la main sur ce qui doit être validé par l'entreprise.

L'écosystème de partenaires, clé de l'accélération

Aucune de ces transformations ne s'est faite seule. Alstom s'est appuyé sur DXC (infrastructure et redesign d'architecture cloud dès le départ), Capgemini (SOC / cybersécurité) et British Telecom (réseau) — la coordination de ces expertises ayant été déterminante pour la vitesse d'adoption. Exide, de son côté, avance avec Mastech (ex-EVO6) sur l'implémentation de l'ERP.

La réussite, vue à trois ans

Pour Patrice Bessiere (Exide) : avoir terminé la migration vers OCI, être sorti du data center historique (AS/400 compris) et avoir déployé l'IA sur les couches PaaS et SaaS — tout en conservant les applications spécialisées bien intégrées (comme Blue Yonder en logistique). Pour Mehdi Belahcen (Alstom) : accompagner le business, mesuré par l'OTD (On Time Delivery) — livrer en temps et en heure pour faire rentrer le cash et absorber la croissance « monstrueuse » du rail. Deux parcours, deux métiers, un même objectif : gagner en agilité, mieux exploiter la donnée et créer de la valeur.

Retrouvez l'intégralité de cette table ronde, ainsi que les autres replays du Tech For Industry Show, sur notre page dédiée.

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