Cybersécurité et robotique d'entrepôt : la stratégie d'Exotec pour la supply chain

Publié le 23 juillet 2026

Cybersécurité et robotique d'entrepôt : la stratégie d'Exotec pour la supply chain

Quand un système robotisé pilote le réapprovisionnement de plusieurs centaines de magasins ou la distribution de pièces détachées automobiles, sa disponibilité devient un enjeu stratégique de premier ordre. Lors du Tech For Industry Show, Pascal Férard, Head of Cybersecurity et Jérémie Rozenblum, Sales Executive (Exotec), fournisseur français de technologies robotiques pour la logistique, ont détaillé la stratégie de cybersécurité de l'entreprise.

Exotec : une conception et une fabrication 100 % françaises

Exotec conçoit et fabrique l'intégralité de ses robots — environ 14 000 unités actuellement en fonctionnement — dans son usine française, également son siège social, à Wasquehal. L'entreprise emploie environ 1 000 collaborateurs, dont 800 ingénieurs, avec des équipes d'intégration présentes en Amérique du Nord, en Europe et en Asie-Pacifique (Corée du Sud, Japon). Elle équipe aujourd'hui une vingtaine de sites clients répartis sur nombreux pays, avec des références notables comme Decathlon — dont l'ensemble des magasins européens sont désormais réapprovisionnés via la technologie Exotec — ou Renault, pour la distribution de pièces détachées vers les garages en France.

Un système qui touche tous les maillons de la chaîne logistique

La technologie Exotec peut intervenir à différents niveaux de la supply chain d'un client : stockage de composants avant assemblage, stockage de produits semi-finis ou finis, ou distribution directe vers des clients e-commerce. Dans tous les cas, l'enjeu stratégique est le même : une indisponibilité peut se traduire par l'arrêt d'une ligne d'assemblage, des commandes clients non honorées, ou des clients ne pouvant récupérer leur commande en magasin.

Une architecture technique connectée, mais pensée pour limiter l'exposition

Le système comprend un réseau WiFi dédié, des serveurs d'orchestration de la flotte de robots, les robots eux-mêmes, des convoyeurs, des bras robotisés et diverses machines annexes (formation de cartons, tunnels RFID). L'ensemble est livré clé en main et connecté au réseau du client, avec une API exposée permettant au WMS (Warehouse Management System) du client d'envoyer des ordres de préparation — le système identifiant alors automatiquement le robot le plus rapide pour honorer la commande. Exotec s'engage contractuellement sur cette performance, avec des pénalités associées — un point présenté comme un différenciateur fort de l'entreprise.

Par construction, ce système n'est pas exposé directement à internet, ce qui limite la surface d'attaque. Il reste néanmoins exposé au réseau interne du client (via des flux applicatifs strictement autorisés) et au réseau WiFi, dont le rayonnement physique dépasse inévitablement les murs de l'entrepôt.

Deux risques principaux, deux réponses structurées

L'indisponibilité, totale ou partielle

Une panne, un bug ou une attaque ciblant délibérément la chaîne logistique d'une entreprise peuvent entraîner un ralentissement ou un arrêt complet du système. Pour y répondre, Exotec a construit une architecture résiliente reposant sur un système maître-esclave : en cas de défaillance du système maître, le système esclave prend automatiquement le relais, sans impact visible sur l'activité. Cette résilience est complétée par une surveillance continue depuis trois centres de contrôle répartis dans le monde (France, États-Unis, Japon), couvrant l'ensemble des fuseaux horaires, permettant de détecter un problème avant qu'il ne cause un incident de production — et d'intervenir à distance si nécessaire (par exemple pour débloquer un robot coincé). Selon l'intervenant, dans 90 % des cas, le client n'a même pas conscience qu'un incident a été résolu. Une sauvegarde en temps réel — et non quotidienne — de l'état des stocks permet également de restaurer précisément la situation de l'entrepôt juste avant un sinistre majeur.

La non-conformité réglementaire

Exotec a fait le choix stratégique d'intégrer la cybersécurité comme différenciateur commercial dès la conception de ses solutions, avec l'obtention d'une certification ISO 27001 (norme européenne, plutôt orientée processus) doublée d'un rapport SOC 2 Type II annuel (référentiel américain, plutôt orienté opérationnel) — une double certification jugée aujourd'hui quasiment indispensable pour dialoguer avec de grands comptes internationaux.

Cette démarche de conformité répond également à deux réglementations européennes : le règlement NIS2, qui s'applique à la quasi-totalité des entreprises européennes (Exotec étant classée "entité importante"), et pour lequel l'entreprise estime avoir déjà couvert environ 80 % des exigences grâce à ses certifications existantes ; et le Cyber Resilience Act (CRA), applicable spécifiquement aux produits industriels à partir de 2027, condition nécessaire au maintien du marquage CE — lui-même indispensable pour commercialiser les produits en Europe.

La cybersécurité, un argument commercial à part entière

Selon les intervenants, la cybersécurité est devenue, pour de nombreux grands groupes industriels, un sujet abordé en amont même des discussions commerciales et logistiques — une forme de "ticket d'entrée" conditionnant la poursuite des échanges. Exotec revendique un accompagnement qui ne s'arrête pas à la vente : l'entreprise reste engagée aux côtés de ses clients pendant toute la durée de vie de la solution, avec un engagement de résultat (et non de simples moyens) sur la disponibilité du système — la cybersécurité étant présentée comme une composante essentielle de cet engagement. Cette approche est associée, selon l'entreprise, à un fort taux de réachat de la part de ses clients existants.

Une dimension de souveraineté, avec ses nuances

Exotec met en avant sa conception et sa fabrication françaises comme un facteur de proximité et de confiance, en particulier pour les clients français et européens, et comme différenciateur face à la concurrence notamment chinoise. L'intervenant nuance toutefois ce positionnement en toute transparence : l'entreprise utilise également des ressources cloud américaines (hébergées en région européenne), ce qui limite la portée de cette souveraineté au sens strict.

L'IA, entre opportunité et nouveau risque

En conclusion, la conférence aborde la place de l'intelligence artificielle : à la fois comme accélérateur, notamment pour identifier et corriger des vulnérabilités dans le code, et comme source de risque croissant à mesure que les modèles d'IA gagnent en puissance — l'intervenant évoquant les modèles dits "frontière" et la nécessité de préparer des défenses basées sur l'IA face à une multiplication attendue des vulnérabilités exploitables.

Ce qu'il faut retenir

La conférence d'Exotec illustre comment la cybersécurité, loin d'être une contrainte périphérique, peut devenir un véritable argument de différenciation commerciale dans un secteur — la logistique robotisée — où la disponibilité du système conditionne directement l'activité du client. En intégrant la sécurité dès la conception et en maintenant un engagement tout au long du cycle de vie de la solution, Exotec illustre une approche de la cybersécurité industrielle pensée comme un investissement de long terme plutôt qu'une simple obligation réglementaire.

Retrouvez l'intégralité de cette conférence, ainsi que les autres replays du Tech For Industry Show, sur notre page dédiée.

Articles populaires