Un réseau industriel relie les capteurs, les automates, les robots et les machines entre eux et aux logiciels qui pilotent la production. La 5G industrielle est l'une de ses briques : un réseau mobile, souvent privé, qui s'ajoute à l'Ethernet industriel et au Wi-Fi sans les remplacer. Ce guide présente l'architecture d'un réseau d'usine, ses protocoles, la place du sans-fil et l'état de la 5G privée en France.
Réseau industriel et réseau informatique : deux logiques
Le réseau industriel, ou réseau OT (technologies opérationnelles), transporte les données des équipements de production. Le réseau informatique, ou réseau IT, sert le système d'information de l'entreprise. À Tech for Industry Show 2026, les intervenants de la table ronde sur la convergence IT/OT ont résumé la différence : l'IT veut des systèmes à jour et interchangeables, aux cycles de vie courts ; l'OT veut de la pérennité, car une machine s'installe pour une quinzaine d'années.
L'enjeu de sécurité n'est pas le même non plus. L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) rappelle que les systèmes industriels pilotent des processus physiques : une attaque peut menacer les personnes, les biens ou l'environnement, et pas seulement des données.
L'architecture d'un réseau d'usine
Un réseau d'usine se lit par étages, du terrain vers le système d'information :
- le terrain : capteurs, actionneurs, variateurs, reliés aux automates par un bus de terrain ou par Ethernet industriel ;
- le contrôle : automates et contrôleurs de robots, qui échangent en temps réel ;
- la supervision et le pilotage : supervision, MES, collecte des données de production ;
- le système d'information : ERP, plateformes de données, cloud.
Entre l'atelier et le système d'information, de nombreux industriels placent une couche edge, qui collecte et met en forme les données au plus près des machines. Le groupe Bel, par exemple, a installé une plateforme edge dans chaque usine pour exposer ses machines au même format, quelle que soit leur marque. Les échanges entre ces étages sont aussi à protéger : le thème Cybersécurité industrielle du salon traite cette partie.
Les protocoles d'un réseau industriel
- Les bus de terrain, comme PROFIBUS ou Modbus RTU, sont les réseaux historiques de l'atelier. Ils reculent : 14 % des nouveaux équipements connectés dans le monde en 2025, contre 17 % l'année précédente, selon l'étude annuelle de HMS Networks (juin 2026).
- L'Ethernet industriel adapte Ethernet aux contraintes de l'usine, dont le temps réel. Il représente 79 % des nouveaux équipements connectés en 2025, contre 34 % en 2015. Les trois premiers protocoles réunissent les trois quarts du marché : PROFINET (30 %), EtherNet/IP (25 %) et EtherCAT (20 %), devant Modbus TCP (5 %). EtherCAT, par exemple, est décrit dans la norme IEC 61158 et vise des temps de cycle de 100 microsecondes ou moins.
- OPC UA est un standard d'échange de données publié en 2008 par l'OPC Foundation. Il fonctionne du microcontrôleur au cloud, intègre le chiffrement et l'authentification, et décrit le sens des données, pas seulement leur valeur.
- MQTT est une norme de messagerie très légère pour l'internet des objets, qui fonctionne par publication et abonnement et consomme peu de bande passante.
Pour les intervenants de Tech for Industry Show 2026, OPC UA et MQTT sont complémentaires : le premier structure et contextualise la donnée, le second sert quand le volume et la bande passante priment, souvent au niveau de l'edge.
La place du sans-fil
Le sans-fil reste minoritaire : 7 % des nouveaux équipements connectés en 2025, une part stable selon HMS Networks. Il complète le réseau filaire là où le câble est impossible ou coûteux : véhicules à guidage automatique (AGV) et robots mobiles autonomes (AMR), machines rénovées, capteurs difficiles d'accès. Notre guide des robots AMR et AGV détaille ces usages.
Exotec, fabricant français de robots logistiques, livre par exemple ses systèmes d'entrepôt avec un réseau Wi-Fi dédié. L'entreprise a rappelé au salon que ce réseau rayonne au-delà des murs de l'entrepôt, ce qui en fait un point d'exposition à traiter.
La 5G industrielle
Pour l'Arcep, le régulateur des télécommunications, la 5G vise un débit multiplié par 10, un délai de transmission divisé par 10 et une meilleure fiabilité que la 4G. Dans l'industrie, on parle de 5G industrielle pour un réseau privé, aussi dit privatif : un réseau mobile installé sur un site, réservé à ses équipements et à ses équipes, avec ses propres fréquences.
La 5G apporte aussi le découpage du réseau en tranches (network slicing) : plusieurs réseaux logiques, isolés de bout en bout, sur une même infrastructure. L'association industrielle 5G-ACIA y voit un moyen de séparer des processus de production et de donner à chacun le service qui lui convient.
Ses usages industriels sont ceux où il faut de la mobilité et une couverture de tout le site : robots mobiles, réalité augmentée pour la maintenance, traçabilité des pièces, contrôle qualité en temps réel.
Les fréquences de la 5G privée en France
- Depuis mars 2022, l'Arcep ouvre aux industriels et aux autres utilisateurs professionnels un guichet d'expérimentation de la 5G dans la bande 3,8 à 4,0 GHz. Elle y avait délivré 175 autorisations à la mi-2025, et environ 90 expérimentations étaient en cours à la fin du deuxième trimestre 2025.
- Le 11/07/2025, le guichet d'expérimentation a été étendu à la bande 4,0 à 4,2 GHz.
- Le 19/12/2025, l'Arcep a ouvert un guichet d'attribution de la bande 3,8 à 4,2 GHz pour les réseaux mobiles à très haut débit à usage professionnel, avec des autorisations allant jusqu'à 10 ans. La demande se fait sur le portail de l'Arcep.
Un industriel peut ainsi exploiter son propre réseau 4G ou 5G sur son site, seul ou avec un opérateur ou un intégrateur.
Où en est la 5G dans les usines
L'étude 2026 de HMS Networks décrit un intérêt fort pour la 5G, mais un déploiement industriel lent. Le frein le plus cité est la complexité des infrastructures 5G privées. Les déploiements progressent surtout en Asie.
Un exemple : Airbus
Airbus a mis en service un réseau 5G privé, fourni par Ericsson, sur son site de production de Hambourg, et le déploie à Toulouse, avec une fin prévue en 2026 (communiqué d'Ericsson, 06/10/2025). L'expert 5G d'Airbus y indique que l'objectif est de faire migrer tous les réseaux industriels du groupe vers la 5G. Les projets cités sont la simulation 3D, la réalité augmentée, la traçabilité des pièces et la maintenance prédictive.
Ce qu'en disent les industriels à Tech for Industry Show
À Tech for Industry Show 2026, à Paris Expo Porte de Versailles, la table ronde sur la convergence IT/OT a réuni Schneider Electric, le groupe Bel, Siemens et Renault :
- Renault a commencé en 2017 à collecter les données de ses procédés et compte aujourd'hui 25 000 machines connectées. Le groupe a choisi OPC UA pour son modèle de données commun : un robot à six axes expose environ 1 500 paramètres, mais seuls une trentaine sont collectés, selon les besoins.
- Bel relie un parc de 4 000 à 6 000 automates de toutes marques par une plateforme edge dans chaque usine. La connectivité y est financée à part, comme un investissement, ce qui allège chaque projet qui s'en sert.
- Siemens et Schneider Electric placent OPC UA en premier standard d'interopérabilité, et MQTT pour les volumes de données à l'edge.
Lire l'article ; la table ronde est à revoir en replay : Convergence IT/OT : comment se transformer pour s'adapter.
- Exotec a présenté l'architecture réseau de ses entrepôts robotisés : un Wi-Fi dédié, un système qui n'est pas exposé directement à internet et des flux strictement autorisés avec le réseau du client. Lire l'article
L'exposant 2027 qui équipe les réseaux sans fil industriels
À rencontrer à Tech for Industry Show 2027 :
- ACKSYS : fabricant français de solutions de communication Wi-Fi et cellulaires pour l'industrie, dont la connectivité des AGV et AMR.
Comment choisir le réseau d'un site industriel
1. Partir des usages : quelles machines, quelles données, quel délai acceptable, quels équipements mobiles.
2. Garder le filaire pour les échanges entre automates, robots et machines fixes, sur un Ethernet industriel compatible avec le parc en place.
3. Choisir un standard de données, comme OPC UA, pour que les logiciels lisent les machines de toutes marques de la même façon.
4. Réserver le sans-fil aux équipements mobiles et aux points difficiles d'accès, en Wi-Fi ou en réseau mobile privé selon la couverture, la mobilité et le nombre d'équipements.
5. Pour la 5G privée, tester d'abord par une expérimentation, puis demander des fréquences à l'Arcep, seul ou avec un opérateur ou un intégrateur.
6. Séparer et protéger les réseaux de production, qui pilotent des processus physiques.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la 5G industrielle ?
Un réseau mobile 5G, le plus souvent privé, installé sur un site industriel pour connecter ses équipements et ses équipes, avec ses propres fréquences.
Quels sont les principaux protocoles réseau industriels ?
Pour l'Ethernet industriel, PROFINET, EtherNet/IP et EtherCAT, qui réunissent les trois quarts du marché, devant Modbus TCP ; pour les bus de terrain, PROFIBUS et Modbus RTU ; pour l'échange de données, OPC UA et MQTT.
Quelle différence entre un réseau OT et un réseau IT ?
Le réseau OT relie les équipements de production et pilote des processus physiques, avec des équipements qui durent une quinzaine d'années ; le réseau IT sert le système d'information, avec des cycles de vie plus courts.
La 5G remplace-t-elle le Wi-Fi ou le câble dans l'usine ?
Non : le câble reste majoritaire et le sans-fil ne relie que 7 % des nouveaux équipements connectés. La 5G privée se choisit pour la mobilité et la couverture de tout un site.
Quelles fréquences pour un réseau 5G privé en France ?
La bande 3,8 à 4,2 GHz, attribuée par l'Arcep aux utilisateurs professionnels, pour une durée allant jusqu'à 10 ans.
