Réindustrialisation et souveraineté industrielle : définition, chiffres et leviers

Publié le 4 novembre 2026

La réindustrialisation, c'est le retour d'activités industrielles dans un pays qui en avait perdu : des usines qui ouvrent ou s'agrandissent, des productions relocalisées, des emplois industriels qui repartent. La souveraineté industrielle en est le but : être capable de produire soi-même ce dont le pays a besoin, en énergie, en santé, en alimentation ou en défense, sans dépendre d'un seul fournisseur étranger. En France, le mouvement existe mais ralentit : selon le baromètre industriel de l'État, le solde des usines est resté positif en 2025 (+19), contre +88 en 2024.

Réindustrialisation, relocalisation, souveraineté : de quoi parle-t-on ?

  • Réindustrialisation : redonner du poids à l'industrie dans l'économie d'un pays ou d'un territoire, après des décennies de désindustrialisation. Elle passe par de nouvelles usines, par l'extension de sites existants et par des relocalisations.
  • Relocalisation : rapatrier en France tout ou partie d'une production qui avait été déplacée à l'étranger. C'est une des voies de la réindustrialisation, pas la seule.
  • Souveraineté industrielle : la capacité à sécuriser l'approvisionnement en biens et en intrants essentiels. Le Sénat, dans son rapport « Cinq plans pour reconstruire la souveraineté économique » (juillet 2022), l'aborde sous cet angle et juge qu'une indépendance économique complète n'est ni faisable ni souhaitable : il s'agit de choisir ses dépendances, pas de tout produire.

Il n'existe pas de définition officielle unique de ces termes : les définitions ci-dessus sont celles que retient ce guide.

Où en est la réindustrialisation en France ?

Le solde des usines

Solde des ouvertures et extensions d'usines, moins les fermetures et les réductions :

  • 2024 : +88 (baromètre industriel de l'État, DGE, 29/03/2026)
  • 2025 : +19 (baromètre industriel de l'État, DGE, 29/03/2026)

En 2025, ce sont les extensions de sites existants (158 extensions significatives) qui maintiennent le solde positif. Les secteurs qui progressent sont la défense, l'aéronautique et le spatial (+19) et l'électronique (+12) ; le transport, la chimie, la mécanique et la métallurgie reculent (DGE, communiqué n° 496 du 29/03/2026).

Le chiffre dépend de ce que l'on compte. Le cabinet Trendeo, qui ne compte pas les extensions, publie pour 2025 un solde de -63 usines (cité par la Banque des Territoires, 30/03/2026). Les deux chiffres ne se contredisent pas : ils mesurent deux choses différentes.

Le poids de l'industrie dans l'économie

  • L'industrie manufacturière pèse 10,8 % de la valeur ajoutée en France, contre 19,8 % en Allemagne et 16,0 % en Italie, au premier trimestre 2025 (Direction générale du Trésor, 05/09/2025). Le Trésor précise que la mesure allemande inclut des services liés à l'industrie, ce qui gonfle sa part.
  • La production manufacturière française a atteint 981 milliards d'euros en 2025, en hausse de 1,2 % en volume sur un an (Insee, 21/07/2026).
  • L'industrie manufacturière employait 3,1 millions de personnes en 2022, soit environ 11 % de l'emploi en France métropolitaine (France Stratégie, 12/07/2024).

Les politiques publiques

  • France 2030 : plan d'investissement d'environ 54 milliards d'euros. Au 30/06/2025, 40 milliards avaient été attribués et 14 milliards versés, à 5 500 bénéficiaires (Sénat, rapport général n° 139, 2025-2026).
  • Loi industrie verte (promulguée le 23/10/2023) : elle vise à accélérer la réindustrialisation et à faire de la France un leader de l'industrie verte en Europe. Mesure principale pour les industriels : diviser par deux les délais d'implantation des usines, présentés comme le premier obstacle par les industriels consultés ; elle prévoit aussi la réhabilitation des friches et une procédure simplifiée pour les projets d'intérêt national majeur (ministère de l'Économie).
  • Règlement européen pour une industrie « zéro net » (règlement (UE) 2024/1735) : il fixe comme objectif que l'Union produise 40 % de ses besoins annuels en technologies « zéro net » d'ici à 2030 (solaire, éolien, batteries, pompes à chaleur…), et réduit la durée des procédures de permis pour ces usines (EUR-Lex).

Ce qui freine

France Stratégie a chiffré ce que demanderait un scénario où l'industrie manufacturière remonterait à 12 % de la valeur ajoutée en 2035 (« Réindustrialisation de la France à l'horizon 2035 », 12/07/2024) :

  • le foncier : 23 000 à 30 000 hectares supplémentaires ;
  • les compétences : une hausse de plus de 30 % des besoins en ingénieurs, cadres et chercheurs ;
  • l'énergie : une consommation d'électricité en hausse, difficile à couvrir en électricité bas carbone avant l'arrivée de nouveaux réacteurs.

S'y ajoute la dépendance aux intrants : la part des intrants industriels importés est passée d'environ 29 % à environ 40 % en vingt ans, selon le Sénat (rapport de 2022).

Ce qu'en disent les industriels

À Tech for Industry Show 2026, à Paris Expo Porte de Versailles, plusieurs industriels ont décrit comment ils réindustrialisent concrètement.

  • Relocaliser grâce à l'automatisation. Dans sa keynote, Aymeric Renaud a présenté une ligne d'assemblage qui demandait 20 opérateurs, relocalisée en France avec 3 opérateurs grâce à l'automatisation et au contrôle visuel par IA, pour un coût comparable à l'Asie. Il a aussi présenté l'électricité décarbonée comme le premier atout des usines françaises. Lire l'article
  • Construire l'usine n'est que le début. Pour Jean-Baptiste Pernot (ACC, batteries), la construction ne représente qu'environ 20 % du défi : l'essentiel est la montée en cadence, avec des taux de rebut au niveau mondial. ACC évoque un écart de coût de production d'environ 30 % avec la Chine. Lire l'article
  • Le raccordement électrique, nouveau goulot. Pour RTE, l'enjeu n'est pas tant le prix de l'électricité que les délais de raccordement : le gestionnaire du réseau fait face à 33 GW de demandes de raccordement. Lire l'article
  • Passer de la conception à la production. Dans la défense, la DGA, Naval Group, Thales, Accenture et Saft ont décrit le même basculement : produire plus et plus vite, avec trois verrous, le recrutement, le financement et la chaîne de fournisseurs. Lire l'article
  • Financer les nouvelles usines. Bpifrance, France Digitale et le Crédit Agricole ont fait le point sur les start-up industrielles et sur la transformation des PME, plus lente que celle des grands groupes. Lire l'article
  • La souveraineté passe aussi par le numérique. Dassault Aviation résume la souveraineté numérique d'une entreprise à deux exigences : ne pas dépendre de lois étrangères pour ses outils numériques, et continuer à fonctionner en cas de crise. Lire l'article Thales, SAP et S3NS ont présenté leur passage à un cloud certifié SecNumCloud. Lire l'article

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la réindustrialisation ?

C'est le retour d'activités industrielles dans un pays qui en avait perdu : ouvertures et extensions d'usines, relocalisations, hausse de l'emploi industriel.

La France se réindustrialise-t-elle ?

Oui, mais plus lentement : le solde des usines est passé de +88 en 2024 à +19 en 2025 selon l'État, porté par les extensions de sites. Sans compter les extensions, le cabinet Trendeo mesure un solde négatif en 2025.

Quelle différence entre réindustrialisation et relocalisation ?

La relocalisation rapatrie une production déplacée à l'étranger. La réindustrialisation est plus large : elle comprend aussi les nouvelles usines et l'agrandissement des sites existants.

Qu'est-ce que la souveraineté industrielle ?

C'est la capacité d'un pays à sécuriser sa production et son approvisionnement en biens essentiels. Elle ne veut pas dire tout produire soi-même, mais réduire les dépendances les plus risquées.

Qu'est-ce que France 2030 ?

Un plan d'investissement public d'environ 54 milliards d'euros pour l'industrie et l'innovation. Au 30/06/2025, 40 milliards avaient été attribués.

Rencontrer les industriels qui réindustrialisent

Tech for Industry Show réunit les 19 et 20 mai 2027, à Paris Expo Porte de Versailles (hall 7.1), les décideurs des entreprises industrielles et les éditeurs, intégrateurs et startups qui conçoivent leurs outils.

Articles populaires